Bâtir une prévision de trésorerie sur 13 semaines, étape par étape
Une prévision de trésorerie glissante sur 13 semaines montre, semaine après semaine, si le solde bancaire suffira pour la paie, les fournisseurs et les remises. Voici comment la bâtir, la tenir à jour et l'utiliser avec vos clients ou votre prêteur.
Par l'équipe CashflowCycles · · 8 min de lecture
La prévision de trésorerie sur 13 semaines projette, semaine par semaine, les entrées et les sorties d'argent d'une entreprise pour le prochain trimestre. Elle porte sur les mouvements bancaires réels, et non sur le bénéfice comptable. C'est pourquoi les comptables, les prêteurs et les conseillers en redressement s'y fient quand la trésorerie est serrée. Treize semaines, c'est assez long pour voir venir un manque de liquidités, et assez court pour prévoir avec précision : des factures précises, des paies précises, des comptes précis.
Ce guide explique comment la bâtir à partir de zéro, la faire avancer chaque semaine et analyser les écarts pour qu'elle devienne plus fiable avec le temps.
Pourquoi 13 semaines, et pourquoi à la semaine
Une prévision mensuelle peut masquer une crise. Si une grosse paie et une remise de taxes tombent la même semaine, et que le principal client paie deux semaines plus tard, le mois peut sembler correct alors que le compte est à découvert pendant dix jours. Des colonnes hebdomadaires révèlent ce décalage. Treize semaines correspondent à un trimestre : la prévision couvre donc toujours au moins un cycle complet de comptes mensuels, quelques périodes de paie et la plupart des obligations trimestrielles.
Étape 1 : Mettre en place la structure
Prévoyez une colonne par semaine (la date de fin de semaine est le repère le plus clair) et les lignes suivantes, de haut en bas :
- Solde d'ouverture : l'encaisse en banque au début de la semaine.
- Encaissements : les paiements des clients, plus les autres entrées d'argent (avances de prêt, apports de l'actionnaire, remboursements de taxes dont vous êtes certain).
- Décaissements : paie, fournisseurs, loyer et autres frais fixes, remises de taxes et de retenues à la source, paiements de prêt, prélèvements du propriétaire, achats d'immobilisations.
- Flux de trésorerie net : encaissements moins décaissements.
- Solde de clôture : solde d'ouverture plus flux net. Il devient le solde d'ouverture de la semaine suivante.
Ajoutez une ligne pour votre coussin de trésorerie minimal, soit le solde sous lequel vous ne voulez pas descendre, et pour la marge de crédit disponible. Tout l'intérêt de l'exercice est de repérer les semaines qui passent sous ce seuil.
Étape 2 : Partir du vrai solde bancaire
Le solde d'ouverture de la semaine 1 doit être le solde réel de tous les comptes d'exploitation à la date de départ, ajusté pour les chèques ou paiements émis mais pas encore compensés. N'utilisez pas l'encaisse du bilan de la dernière fin de mois : elle est déjà dépassée.
Étape 3 : Prévoir les encaissements
C'est là que la plupart des prévisions dérapent, parce qu'une facture n'est pas de l'argent en banque. Partez du classement chronologique des comptes clients :
- Placez chaque facture ouverte dans la semaine où vous prévoyez réalistement être payé, selon l'historique de paiement réel du client, et non selon les modalités inscrites sur la facture.
- Pour les ventes pas encore facturées, estimez les ventes hebdomadaires, puis appliquez votre délai d'encaissement habituel (par exemple, l'essentiel de l'argent entre de cinq à six semaines après la vente).
- Considérez les factures contestées ou très anciennes comme nulles tant qu'il n'y a pas d'engagement ferme.
- Isolez les encaissements hors exploitation pour qu'ils ne camouflent pas une tendance d'exploitation faible.
Étape 4 : Prévoir les décaissements
Les décaissements sont généralement plus faciles à prévoir, puisque la plupart sont déjà engagés. Passez cette liste en revue :
- Paie aux dates de paie réelles, y compris la part de l'employeur et la remise des retenues à la source à leur date d'échéance.
- Fournisseurs à partir du classement chronologique des comptes fournisseurs, dans la semaine où vous comptez payer, et non celle de l'échéance.
- Frais fixes : loyer, contrats de location, assurances, abonnements logiciels, services publics.
- Taxes de vente (TPS/TVH et, au Québec, TVQ) et acomptes provisionnels d'impôt, selon la fréquence de production et les échéances propres à l'entreprise. Validez-les auprès de l'ARC, de Revenu Québec ou de votre CPA.
- Service de la dette : capital et intérêts des prêts, financement d'équipement.
- Éléments ponctuels : achats d'équipement, frais annuels, prélèvements du propriétaire, primes.
Exemple concret (chiffres fictifs)
Voici les quatre premières semaines de la prévision d'un petit distributeur hypothétique, qui souhaite garder au moins 30 000 $ en banque. Tous les montants sont inventés pour l'illustration.
| Semaine 1 | Semaine 2 | Semaine 3 | Semaine 4 | |
|---|---|---|---|---|
| Solde d'ouverture | 42 000 $ | 39 300 $ | 45 900 $ | 30 100 $ |
| Encaissements clients | 18 500 $ | 22 000 $ | 16 000 $ | 19 500 $ |
| Paie | (6 000 $) | (6 000 $) | (6 000 $) | (6 000 $) |
| Fournisseurs | (9 200 $) | (8 400 $) | (10 300 $) | (16 600 $) |
| Loyer et frais fixes | (6 000 $) | (1 000 $) | (1 000 $) | (2 000 $) |
| Taxes de vente et prêt | 0 $ | 0 $ | (14 500 $) | 0 $ |
| Flux de trésorerie net | (2 700 $) | 6 600 $ | (15 800 $) | (5 100 $) |
| Solde de clôture | 39 300 $ | 45 900 $ | 30 100 $ | 25 000 $ |
La semaine 3 est le premier signal d'alarme : une remise de taxes et un paiement de prêt tombent en même temps, et le solde frôle le coussin. En semaine 4, il descend à 25 000 $, sous le seuil. Avec un mois d'avance, le propriétaire a de vraies options : relancer deux factures en retard, reporter d'une semaine un gros paiement fournisseur avec l'accord de celui-ci, ou prévoir un tirage temporaire sur la marge de crédit avant que ça presse.
Étape 5 : Faire glisser la prévision chaque semaine
La prévision sur 13 semaines est glissante : chaque semaine, la plus ancienne disparaît et une nouvelle semaine 13 s'ajoute. Choisissez un moment fixe, par exemple le lundi matin, et suivez toujours la même routine :
- Remplacez la prévision de la semaine écoulée par les montants réels tirés de la banque.
- Ramenez le solde d'ouverture au solde bancaire réel.
- Mettez à jour les encaissements à partir du dernier classement des comptes clients et de vos échanges avec les clients.
- Mettez à jour les décaissements selon les comptes fournisseurs, la paie et les nouveaux engagements.
- Ajoutez une nouvelle semaine 13.
- Signalez toute semaine où le solde de clôture passe sous le coussin.
Étape 6 : Analyser les écarts
Comparez, ligne par ligne, la prévision de la semaine dernière avec ce qui s'est réellement passé. Dans l'exemple, supposons que les encaissements clients de la semaine 1 aient été de 15 200 $ au lieu de 18 500 $, soit un manque de 3 300 $. La question est : pourquoi? Si un client a simplement payé une semaine en retard, déplacez le montant en semaine 2 : c'est un écart de calendrier. Si le client éprouve des difficultés, réduisez ou retirez le montant : c'est un écart permanent. Avec le temps, notez les lignes systématiquement trop optimistes (les encaissements le sont souvent) et ajustez vos hypothèses. Une prévision revue de cette façon devient nettement plus fiable en quelques semaines.
Quand utiliser une prévision sur 13 semaines
- Trésorerie serrée : l'entreprise frôle sa limite de découvert ou doit choisir quels comptes payer.
- Discussions avec le prêteur : les banques demandent souvent une prévision de trésorerie à court terme lors du renouvellement ou de l'augmentation d'une marge de crédit, ou quand les clauses restrictives sont sous pression.
- Redressement ou restructuration : c'est l'outil de référence pour démontrer qu'un plan de relance garde l'entreprise solvable semaine après semaine.
- Entreprises saisonnières : pour planifier la basse saison avant qu'elle arrive.
- Croissance rapide : la croissance consomme de la trésorerie par les stocks et les comptes clients, même quand l'entreprise est rentable.
Erreurs fréquentes
- Utiliser les chiffres de l'état des résultats au lieu du calendrier réel des encaissements et décaissements.
- Oublier les éléments trimestriels ou annuels, comme les assurances, les acomptes provisionnels ou les renouvellements de logiciels.
- Négliger les taxes perçues : elles sont en banque, mais elles appartiennent aux gouvernements.
- Bâtir la prévision une seule fois sans jamais la faire glisser.
- Sauter l'analyse des écarts, si bien que les mêmes erreurs se répètent chaque semaine.
Comment CashflowCycles vous aide
CashflowCycles se connecte à vos comptes bancaires par Plaid, en lecture seule, et synchronise les transactions chaque jour : le solde d'ouverture et les données réelles de la semaine passée sont déjà là. Son radar des engagements présente les six prochaines semaines de paiements prévus, comme la paie, le loyer et les versements de taxes, par rapport à l'encaisse disponible, et les scénarios de simulation montrent l'effet sur ces semaines du départ d'un client ou d'une baisse de revenus. Pour voir plus loin, les prévisions couvrent 3, 6 ou 12 mois avec un modèle de moyenne mobile, de tendance linéaire ou polynomial, chacun avec un scénario de base, optimiste et pessimiste. Des alertes signalent une autonomie de trésorerie qui rétrécit avant que la situation devienne urgente. L'application fonctionne en français et en anglais, avec un essai gratuit de 30 jours.
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